Le Gouverneur Richard Muyej déterminé à poursuivre l’émergence du Lualaba

Sous le coup de minuit, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a donné le go pour la campagne de l’élection des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs de provinces prévue pour le mercredi 10 avril 2019. Candidat à sa propre succession, Richard Muyej, alias «Papa Solution»,se dit déterminé à poursuivre son action à la tête de la province minière du Lualaba. Action saluée non seulement par la majeure partie la population de cette contrée, mais également par le prestigieux magazine américain Forbes qui a décerné un trophée à ce digne fils de la RD Congo récemment à New-York. A cœur ouvert, il s’est exprimé dans une interview exclusive accordée à la brillante Mira Mboma, journaliste à Télé 50, dont voici les grandes lignes. Lisez-la. 

Entretien

Mira Mboma : Excellence Monsieur le Gouverneur, ça fait pratiquement deux ans et demi que vous êtes à la tête de la province du Lualaba. Etes-vous satisfait de votre parcours ? S’il faut l’estimer en pourcentage, vous vous donnerez combien de pourcent ?

Richard Muyej : Parler de satisfaction de mon parcours ou de ma présence à la tête de cette province, serait démagogique. Je dirais plutôt que je me sens encourager et motiver d’agir davantage parce que les défis sont énormes. Nous avons agi à la grande satisfaction de la population. Parce que nous avons œuvré pour répondre aux attentes de notre population. 

A notre arrivée en tant que Commissaires spéciaux, nous avions perçu, à travers les cris de détresse, les différents problèmes pour lesquels nos communautés exigeaient des solutions. Notamment, l’eau, l’éclairage public, la santé, l’école, les infrastructures. Disons beaucoup de choses. Et ça serait une erreur ne pas parler de l’emploi. Parce qu’en tant qu’entité décentralisée, il  nous faut prendre des initiatives pour que nos jeunes s’occupent de manière saine. Nous avons agi. Nos actions sont remarquables. 

Nous sommes encouragés par le fait que notre population a adhéré totalement à notre schéma. Et nous le ressentons chaque fois que nous allons en itinérance. «Papa Solution», «Père du Lualaba», etc. Même si cela paraît nous vieillir. En peu de temps, on a fait énormément des choses. Mais face à la complexité des problèmes, face aux défis que nous découvrons chaque fois que nous allons en itinérance, je crois qu’il est réaliste de parler plutôt en termes d’encouragement, de motivation qu’en termes de satisfaction. Parce que nous savons ce que nous voulons. Et nous savons où nous allons. Nous ferons davantage. Voilà ce qui nous motive à chercher un nouveau mandat. Je crois que notre population sera contente.

Nous avons déjà commencé des contacts avec les banques qui nous ont toujours accompagnés. Nous savons exactement ce que nous voulons faire dans les domaines de l’agriculture, du tourisme, des infrastructures. Et je crois que ce sera un mandat de complicité, un mandat de mariage avec notre peuple. Je voudrais vous rassurer que ce peuple attend beaucoup de nous. Il nous le dit. Et nous apporterons des solutions. 

Je dis aux nouveaux élus et aux notables qui s’intéressent au développement de la province que la stratégie, cette fois-ci, sera celle de la proximité. Nous serons plus dans le Lualaba profond que dans la ville. Même si dans la ville tout n’est pas encore fait. Mais nous allons à la rencontre de la majorité de notre population qui vit à l’intérieur et qui souffre. Lasouffrance est perceptible. Il ne faut pas qu’on se le cache ! Mais quand cette population délie ses langues pour vous dire : «Voilà ce que nous voulons ! Voilà ce que nous attendons de vous !», c’est déjà bon. Elle a placé tout son espoir en nous. Et je crois que nos communautés ne seront pas déçues. Nous sommes décidés à aller de l’avant. 

Mira Mboma : Pouvons-nous affirmer que vous avez transformé la province du Lualaba ?Voudriez-vous placer un mot sur le tourisme dans la ville de Kolwezi ?

Richard Muyej : J’ai peur des mots, madame. Ai-je transformé la province ? Je crois que non. Il faut être modeste. La province a fait énormément des progrès. Et nous en avons les atouts. Par rapport à d’autres provinces, la volonté politique est là mais il faut des moyens. Nous avons fait le choix pour que ces moyens servent à des réalisations par rapport aux attentes de nos populations. Nous pouvions choisir la poche (des intérêts purement égoïstes). Et, aujourd’hui, nous serions aussi en train de faire le tour du monde en faisant de la publicité sur la personne. Mais nous avons décidé de laisser des traces. Nous avons des progénitures. Il faut que celles-ci soient fières même après notre départ. Parce que nous ne resterons pas éternellement dans ce monde. Nous ne sommes pas des anges. Nous sommes des hommes. Comme tout être humain, nous partirons un jour. Mais il faudrait que les enfants qui viennent, qui ont vécu avec nous ou qui sont liés à nous sur le plan biologique ou social, apprennent que du passage de votre père, de votre grand-père, de votre arrière-grand-père, des traces sont remarquables. Et ça c’est une fierté. Nous le faisons pour ça.

Quant au tourisme, ce n’est pas la ville mais c’est la province. Le Lualaba est une province bénie. Nous avons des merveilles touristiques. J’aimerais que vous reveniez un peu pour longtemps. Et je vais moi-même me faire fort pour vous amener dans les territoires de Lubudi, Mutshatsha, Dilolo, Sandoa, Kapanga. Chaque fois que je cite un territoire, je vois défiler des merveilles touristiques. 

Nous adhérons totalement au schéma du Gouvernement sortant, c’est-à-dire la diversification. Nous nous sommes dit «Ne restons pas sous l’emprise des mines !» Je suis un ancien agent de la Gécamines. Donc je suis un enfant du Cuivre et du Cobalt. Je suis parti. 25 ans, 27 ans après, je suis rentré, ce sont les mêmes réalités. Alors à quoi servent ces mines ? Si elles ne contribuent pas à développer directement nos communautés à la base. A quoi servent-elles ? Juste à consolider les castes, à créer des politiciens, à créer des leaders entre guillemets ? Je crois nous devons nos intérêts aux activités qui peuvent nous permettre de développer nos communautés à partir de la base. Voilà pourquoi nous sommes intéressés à d’autres piliers que sont l’agriculture et le tourisme. Nous y allons par méthode. Parce qu’à Lubudi, je dirais même que c’est le territoire de prédilection pour le tourisme. Mais nous avons encore des difficultés d’accès aux sites touristiques. Alors nous avons privilégié d’amorcer les activités à partir de l’environnement de Kolwezi, chef-lieu, profitant des structures d’accueil de cette ville.  

L’année passée au cours des journées minières, nous en avons profité pour faire un gros investissementautour de cinq millions de dollars pour encourager les chantiers qui étaient très avancés dans notre ville. Et nous sommes passés du simple au double concernant les chambres d’hôtel. Nous pensons que le tourisme peut devenir pour cette province un autre moteur pour son développent. Et ce que nous recherchons c’est soutenir des activités qui favorisent le développement à partir de la base. Je vous ai dit que les mines nous décevaient un peu. La prospérité quand elle n’est pas bien partagée peut engendrer des frustrations, voire, amener aux rébellions ou révolutions. Nous n’avons pas besoin des agitations dans une contrée où des nombreux investisseurs viennent. L’argent ne cohabite pas les bruits de bottes. Merci au Président sortant et au Président entrant. 

 

Mira Mboma : Abordons le point relatif à l’élection du Gouverneur. Bien que c’est la population qui en vivra l’impact, quel message adressez-vous à ceux-là qui sont sensés voter ? 

Richard Muyej : J’ai beaucoup de respect pour les Députés. Et j’ai été moi-même Député. Nous avons un sens de dignité personnelle. J’ai vu ces jeunes gens qui ont été élus. Ils ont le même sens de dignité. Je leur fait confiance. Ces Députés provinciaux vivent dans la population et savent ce que celle-ci attend. Je ne crois pas qu’ils commettent des erreurs. 

J’ai eu l’occasion de les observer au premier Acte, l’élection du Bureau définitif de l’Assemblée provinciale, et au deuxième Acte, le vote des Sénateurs. Je dirais que ce sont des braves, des petits héros. Je crois qu’il faut attendre, de leur part, un comportement positif. Rendez-vous le 10 avril. Ce n’est plus loin. 

Mira Mboma : Rendez-vous le mercredi prochain. Excellence, votre dernier mot pour cet entretien ? 

Richard Muyej : Je suis heureux que de plus en plus des médias, sous toutes ses formes, s’intéressent à notre province. Nous avons besoin de votre accompagnement. Parce que le développement ce sont des actions, mais c’est aussi le changement desmentalités. J’aimerais qu’à travers votre communication, à travers vos messages, vous puissiez nous accompagner dans l’effort pour changer les mentalités sans frustrer nos communautés. 

Nous voulons vivre unis. Le Congo a besoin de l’unité et pas de la division. Nos diversités sont une richesse. Mais il ne faut pas que les gens en profitent pour créer des écarts entre nos communautés. Je suis déçu de discours trop communautaristes, trop sectaristes. «C’est le tour de X, c’est le tour de Y». Je crois qu’il faut privilégier la compétence. Et nous ferons attention à cela, cette fois-ci. Il faut privilégier la compétence tout en tenant compte des équilibres sans excès. Quand nous réalisons des actions (hôpitaux, écoles, …), ce n’est pas pour la communauté. C’est pour l’ensemble de la population. Donc il faudrait qu’on cesse de se distraire. Quand vous allez aux Etats-Unis, c’est l’esprit américain. C’est cette solidarité que nous voulons demain pour le Congo. Insister beaucoup sur le discours de tribus, de clans, c’est reculer. Nous n’allons pas tomber dans ce piège. Nous restons Muyej, Lualabais, Congolais. Merci infiniment. 

Interview transcrite par James Mpunga Yende

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